Pourquoi je te demande parfois de fermer les yeux
En cours, il m'arrive de dire : « ferme les yeux sur cet exercice ». Ça surprend toujours un peu la première fois. On a l'habitude de regarder ce qu'on fait, de se corriger avec les yeux. Sauf qu'en Pilates, ce n'est pas ce qu'on regarde qui compte. C'est ce qu'on ressent.
Quand tu fermes les yeux, tu coupes une source d'information pour en laisser une autre prendre toute la place : ton corps lui-même.
Le corps parle plus fort quand les yeux se taisent
On sous-estime à quel point la vue prend de la place dans notre attention. Même sans s'en rendre compte, on est occupé à observer la pièce, son reflet, le coach, la personne à côté. Résultat : on exécute le mouvement, mais on ne le sent pas vraiment.
Fermer les yeux, c'est retirer cette couche de distraction. D'un coup, il ne reste plus que les sensations : le contact du tapis, le poids du bassin, la respiration qui monte et qui descend, un muscle qui se réveille discrètement quelque part.
C'est simple, presque bête, mais ça change beaucoup de choses dans la qualité du mouvement.
Les consignes verbales, ton nouveau repère
Sans les yeux, il te reste les mots. C'est là que mes consignes verbales prennent tout leur sens. Je ne dis pas « regarde comment je fais », je dis « imagine que ton nombril se rapproche doucement de ta colonne » ou « laisse tes côtes s'ouvrir comme un accordéon ».
Ces images ne sont pas là pour faire joli. Elles servent de guide quand la vue ne peut plus t'aider. Le cerveau a besoin d'une consigne concrète pour orienter son attention vers une zone précise du corps. Une image parlante fonctionne souvent mieux qu'une explication anatomique compliquée.
Tu n'as pas besoin de connaître le nom des muscles pour bien bouger. Tu as besoin de sentir où porter ton attention, au bon moment.
Ressentir son périnée, un travail d'attention avant tout
Le périnée, c'est justement une zone qu'on ne voit jamais et qu'on sent rarement au quotidien. On ne le regarde pas travailler, on ne peut pas vérifier dans le miroir s'il se contracte bien.
C'est typiquement le genre de zone où fermer les yeux aide beaucoup. Sans le visuel qui prend toute la place, on peut enfin porter son attention à l'intérieur, sur des sensations fines et discrètes.
Dans les exercices de Pilates qui sollicitent cette zone, je propose souvent des images simples : penser à un ascenseur qui monte doucement, ou à une fermeture éclair qui se ferme de bas en haut. Ce ne sont pas des vérités anatomiques exactes, ce sont des repères mentaux qui aident à orienter l'attention et à mieux percevoir ce qui se passe à l'intérieur.
Avec la répétition, cette sensation devient plus claire. Pas du jour au lendemain, mais progressivement, comme n'importe quel apprentissage corporel.
La proprioception, ce sens qu'on oublie d'entraîner
On parle souvent des cinq sens classiques, mais il y en a un qu'on néglige : la proprioception. C'est ce sens qui te permet de savoir où sont tes bras, tes jambes, ton bassin, sans avoir besoin de les regarder.
Ce sens-là, on peut l'entraîner. Fermer les yeux pendant un exercice de Pilates est un excellent moyen de le solliciter. Tu es obligé de te fier uniquement à ce que ton corps te transmet, sans filet visuel.
Au début, ça peut donner une sensation d'instabilité, un peu comme quand on marche dans le noir dans une pièce qu'on connaît pourtant par cœur. C'est normal. Le corps cherche ses repères autrement. Avec la pratique, cette sensation d'inconfort diminue, et la précision du mouvement s'améliore.
Un exercice tout simple à tester chez toi
Tu n'as pas besoin d'un tapis de Pilates ni d'un cours pour commencer à travailler cette écoute intérieure. Voici une façon simple de tester :
- Allonge-toi sur le dos, genoux pliés, pieds au sol.
- Ferme les yeux.
- Prends trois respirations lentes, sans rien faire d'autre.
- Essaie de sentir quelle partie du corps touche le sol, et laquelle semble plus légère.
- Reste sur cette observation, sans chercher à corriger quoi que ce soit.
Ce petit temps d'écoute, avant même de commencer un exercice, change déjà la façon dont tu vas bouger ensuite.
À Thoiry comme ailleurs, une question de régularité
Que tu pratiques à Osmoy ou à Thoiry, le principe reste le même : plus tu prends l'habitude de fermer les yeux sur certains mouvements, plus cette écoute interne devient naturelle. Ce n'est pas une question de lieu ni de matériel, c'est une question d'attention qu'on muscle petit à petit.
Sur Thoiry, je retrouve souvent des élèves pressées, qui arrivent en cours après une journée bien remplie, la tête encore ailleurs. Fermer les yeux quelques minutes, même en dehors du Pilates, est déjà une façon simple de se recentrer avant de commencer à bouger.
Cette capacité à ressentir son corps ne demande pas de talent particulier. Elle se développe avec la pratique, comme n'importe quelle habitude.
Envie d'essayer par toi-même
Si tu as envie de tester cette approche plus sensorielle du Pilates, on peut en discuter ensemble lors d'un premier échange, sans engagement. Je t'expliquerai comment on intègre ce travail d'écoute corporelle dans les séances, à ton rythme.